Jardins (òrts) et bâtiments de l'abbaye (abadiá), avril 2004

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Introduction

Jardins (òrts) et bâtiments de l'abbaye (abadiá), avril 2004

A la Révolution, les sœurs du Monastère (Lo Monestire) auraient préféré jeter les reliques de sainte Tarcisse dans l'Aveyron (Avairon), près des tanneries, plutôt que de les voir tomber aux mains des révolutionnaires.

« L’histoire du Monastère-sous-Rodez est double : elle est d’abord celle d’une vieille abbaye de bénédictines (religieuses suivant la règle de saint Benoît) fondée à l’époque carolingienne et ensuite d’un petit village formé au confluent de l’Aveyron et de la Briane, lointain faubourg industriel de la ville de Rodez.
L’abbaye fut donc fondée à l’époque carolingienne sous le patronage de Saint-Saturnin de Toulouse (la patron de la fameuse église Saint-Sernin, dont le nom est une contraction). Elle possédait une représentation en majesté du saint, statue d’or, exposée au synode de Saint-Félix près de Rodez vers 1110. Elle fut protégée par les comtes de Rodez qui la dotèrent : en 1239, le comte Hugues IV lui fit don du mas de Centrès, par exemple.
Après Saint-Sernin, la seconde patronne est sainte Tarcisse, dont le visiteur du Monastère verra une curieuse représentation en bois doré conservée dans l’église paroissiale. Tarcisse de la famille de Ferreol qui fut maire du palais de Thierry, roi d’Austrasie puis de Théodebert, le fils de celui-ci, naquit à Metz vers 525. Elle vécut à Rodelle près de Bozouls et mourut dans un petit ermitage un 15 janvier. Sa sainteté était connue dans tout le Rouergue. L’évêque d’alors, Dalmas, alla lui-même chercher son corps et le ramena à Rodez pour l’ensevelir dans la petite église Saint-Vincent, qui se trouvait près de la rue de Bonald. Les religieuses du Monastère obtinrent ses restes ou, peut-être, une grande partie de ceux-ci et contribuèrent beaucoup à son rayonnement. Le bas-relief de l’église la représente en prière à côté de la chèvre, qui se détachait tous les jours du troupeau de son maître, un berger de Lagnac, et qui la nourrissait de son lait.
Mais revenons à l’abbaye : sa renommée était telle que toutes les familles nobles du Rouergue y plaçaient leurs filles en pension afin qu’elles se préparent à la vie religieuse : parmi les noms, on relève ceux d’Escoralhe, de Vezins, de Marcillac, de Pomayrols, de Brussac, de Caussade, de Castelpers, de Murat, de Balaguier (Montsalès), de Lestang, de Glandière, de Sanvensa, de Bonal ou de Delauro. Leur nombre fut volontairement restreint au cours des ans, pour assurer la qualité du recrutement. On relève ainsi cinquante religieuses en 1343, quarante en 1349, trente en 1363 (réduction approuvée par Urbain V), vingt deux en 1557, dix sept à partir de la fin du XVIIe siècle. L’abbesse était une grande dame, que son rang social et son activité poussaient à franchir fréquemment la clôture du Monastère. Les démêlés avec l’autorité ecclésiastique furent nombreux, tant son indépendance était grande. Comme exemple de l’importance de l’abbesse, on peut citer la solennité de son intronisation au cours de laquelle elle était “sagrada” (sacrée). En 1568, elle avait une domesticité dont un cuisinier et un bouteiller. En 1520, alors que les religieuses revenaient de Rodez où elles avaient assisté à des funérailles, elles rencontrèrent l’évêque François d’Estaing. De part et d’autre du chemin, se trouvaient des groupes de jeunes gens du voisinage. Le saint évêque les accompagna, leur reprocha de ne pas garder la clôture prescrite par la règle et de se mêler au monde. Pourtant, malgré ces exemples, le régime monastique était rude et la vie proche de la pauvreté.
L’abbaye possédait d’importants domaines : à Agen d’Aveyron (grange de Palanjoles), à Saint-Just du Viaur (prieuré), à Trébas dans le Tarn (prieuré), au Viala du Tarn (l’église d’Amalou ou du Minier lui fut unie par l’évêque en 1383).
L’abbesse Françoise de Balaguier de Montsalès, élue en 1555, joua un grand rôle au moment des guerres de Religion. En 1564, son frère Jean de Balaguier fut consacré évêque de Cahors, par l’évêque de Rodez, dans l’église même de l’abbaye. Elle obtint pour elle en 1595 l’abbaye de Nonenque dans la région de Saint-Affrique. Le cumul était énorme, d’autant plus que Nonenque suivait une autre règle, celle de Cîteaux. Le titre lui fut enlevé par Marguerite de Prades de Montpezat, sœur du duc de Mayenne. Elle favorisa la ligue et, après l’échec de celle-ci, pour se concilier le parti du roi, elle offrit un grand banquet au maréchal de Matignon, de passage à Rodez (1596). A sa mort en 1603, tout Rodez prit le deuil. La joie fut aussi universelle quand Catherine de Roquelaure fut bénie et intronisée par l’évêque en 1607. Bref, l’abbaye fut sous l’Ancien Régime, un centre prestigieux, source d’activités pour tout le voisinage et d’animation pour la population.
Sur les bâtiments nous avons quelques dates : vers 1335, on répara ou construisit le dortoir et le réfectoire. A partir du milieu du XVIIe siècle de grands travaux furent entrepris : construction de la porte de l’église du monastère par Louis Vernhes, maçon de Rodez, en 1656, (avec fenêtre ronde au-dessus et escalier pour descendre dans l’église) réfection de la toiture en 1658. En 1665, une procédure contre l’abbesse, qui n’observait pas la clôture aboutit à la reconstruction des murs du couvent sur l’ordre des Grands Jours de Clermont. Les bâtiments furent démolis en grande partie avec l’église abbatiale au XVIIIe siècle. Celle-ci avait plusieurs chapelles dont celles de Lézins, de Cardonnel ou de Parlan, de Frechrieu, de Notre-Dame de Pitié (fondée par P. de Paulinh, archiprêtre de la cathédrale, XIVe siècle) et de Saint-Michel-Archange (cloître). Des fouilles entreprises en 1871-1872 mirent au jour une inscription qui serait datée de 1050 et vingt-deux sarcophages en grès, ainsi qu’un anneau d’or du XVIIIe siècle au nom de Jésus-Marie-Joseph. Enfin, dans l’édifice subsistant on a conservé l’ancienne statue (assise) de Notre-Dame du Pas, en bois, du début du XIIIe siècle, mutilée à la Révolution.
L’histoire du village du Monastère est liée à celle de la grande abbaye. La population vivait à son rythme et parfois l’imitait. La jeunesse observait le 1er janvier une curieuse coutume : ce jour-là, on élisait un homme marié pour présider aux jeux de la jeunesse et on lui donnait le nom d’abbé. Cet abbé, revêtu d’une robe blanche et crosse en main (comme les abbesses), partait à travers les rues suivi d’une bruyante procession. Devant lui, un acolyte tenait au bout d’une perche une pauvre poule sur laquelle ses compagnons tiraient à coup d’arquebuses. A chaque halte, on dansait et on buvait. A l’heure des vêpres, l’abbé de la jeunesse était installé au milieu de l’église paroissiale, tandis que ses compagnons tiraient à l’arquebuse et chantaient des chansons profanes peu conformes à l’esprit des lieux. A la fin du XVIe siècle, il y eut un blessé. L’autorité en profita pour interdire une manifestation qui n’avait pour la soutenir que la force de la coutume. » (Jean Delmas, 2004)

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Jardins (òrts) et bâtiments de l'abbaye (abadiá), avril 2004
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