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Camin de vida # Gabriac
Introduction
-- Operacion PAÍS Comtal/Lot/Truyère 2022 / Gabriac --
Témoignages, tranches de vie, histoires, savoir-faire... En 2022, l'équipe de l'Institut occitan de l'Aveyron a parcouru le territoire s'étendant de La Loubière à Saint-Hippolyte (21 communes) à la rencontre de plus de 240 locuteurs occitans.
-- Operacion PAÍS Comtal/Òlt/Truèire 2022 / Gabriac --
Testimoniatges, tròces de vida, istòrias, saupre-far... En 2022, la còla de l'Institut occitan d'Avairon s'es passejada sul territòri que va de La Lobièira a Sent-Ipòli (21 comunas) al rescontre de mai de 240 locutors occitans.
Vidéo
Raymond LEMOUZY
né en 1947 à Espalion. De Gabriac.
Transcription
Occitan
Français
Pas de transcription pour le moment.
« Bonjour.
– Bonjour.
– Comment vous appelez-vous ?
– Raymond Lemouzy.
– Quand êtes-vous né ?
– En 47, à Alayrac, à côté d’Espalion.
– À côté d’Espalion… Et comment êtes-vous venu à Gabriac ?
– Pour le travail.
– Et comment ?
– Comment ? Eh bien, quand j’étais jeune, je suis parti à Paris, pour faire facteur. Bon, j’ai passé des concours et je suis venu à Nuces, puis à Gabriac parce que ma femme travaillait à Espalion, alors il a fallu que je sois plus près.
– À Nuces, à côté de…
– De Marcillac.
– Ah oui.
– Oui.
– Et à la maison, les parents avaient une ferme ?
– Oui…oui… Ils étaient employés, surtout, et nous avons déménagé plus d'une fois en Aveyron, et ils sont revenus à Alayrac après, à la retraite.
– Ah oui. À l’époque votre grand-père n’avait pas de ferme ?
– Si, une petite, mais elle n’était pas assez grande, alors voilà.
– Ils devaient travailler en dehors.
– Voilà.
– Et votre père se louait, alors ?
– Oui.
– Toute l’année ?
– Oui, oui, toute l’année. Et après ils sont revenus à Alayrac et voilà.
– Il avait une spécialité ? Il était berger ou bien il faisait un peu de tout ?
– Un peu de tout, un peu de tout, parce que, dans les fermes, ils faisaient de tout.
– Et où allaient-ils se louer, par exemple ?
– Sur le Ségala surtout. Nous y sommes partis quelques années.
– Ah, oui.
– Avant de revenir.
– Ils allaient s’occuper des vaches, des veaux ?
– Voilà ! Et de traire !
– Et des pommes de terre !
– Oui les pommes de terre !
– Et vous, alors, vous êtes allé à l’école à…
– Eh bien, un peu partout !
– Ah ! À Alayrac ?
– Un peu, puis du côté de Naucelle et j’ai terminé à Marcillac.
– À Naucelle, vous avez entendu parler de Jean Boudou, peut-être ?
– Un peu, oui, mais j’étais petit, alors bon...
– Eh oui, il est mort en 75.
– Oui...
– Et après ? Qu’est-ce que vous avez fait ?
– Eh bien j’ai passé le concours… J’ai commencé à travailler à Espalion, à la Poste, puis j’ai passé le concours et je suis parti à Paris.
– Et vous n’avez pas pu rester ? Ou c’était l’envie de monter à Paris ?
– Non, l’obligation plutôt ! Je n’avais pas du tout envie d'aller à Paris mais, pour le travail, il a fallu le faire.
– Et, où étiez-vous à Paris ?
– Dans le quinzième.
– Vous y êtes resté un bon moment ?
– Six ans.
– Six ans. Vous avez fait ce qu’il fallait pour revenir.
– Oh oui, je ne voulais pas y rester.
– Pour quelle raison ?
– Eh bien, l’Aveyron me manquait trop.
– Et là-haut, comment était la vie ? Quand vous êtes arrivé, par exemple ?
– Eh bien, j’y avais de la famille alors bon… J’ai pris une chambre, tout de suite, parce que bon… Quand on est jeune, la paye n’est pas tellement forte, alors…
– Eh oui…Et vous n’avez pas eu l’envie d’y rester…
– Ah non, pas du tout !
– Ah non… Et là-haut, vous avez participé un peu à la vie des amicales ?
– Non…
– Vous pouvez nous expliquer un peu pour quelles raisons ?
– Eh bien, parce que les Parisiens gagnaient de l’argent et nous, les fonctionnaires, pas beaucoup, et on ne se sent pas…
– Eh oui, il n’y avait pas cette solidarité entre vous…
– Voilà !
– Il y avait ceux des cafés et les fonctionnaires.
– Oui ! Et les fonctionnaires, les petits !
– Et les gens d’Espalion, comme ça, ils partaient beaucoup à Paris ?
– Oui, oui.
– Et pourquoi ?
– Parce qu’ici il n’y avait pas trop de travail, pour gagner un peu d’argent.
– Et est-ce vous savez pour quelles raisons ils sont montés, au début ?
– Le charbon et après le café. Tous étaient cafetiers.
– Vous en avez dans la famille qui ont fait ça ?
– Oui, des oncles oui.
– Et vous, ça ne vous disait rien ?
– Non ! Ça ne me plaisait pas.
– Et est-ce que vous avez continué à parler patois là-haut ?
– Pas beaucoup, non, parce qu'à la Poste il y avait des gens de partout, alors bon, ça ne se parlait pas beaucoup…
– Et au pays ?
– Au pays, ça se perd aussi.
– Et cette langue, votre papa qui était parti un peu partout en Aveyron pour travailler…
– Eh bien, ça changeait, il y a des mots qui, à Naucelle, ne se disent pas comme ici...
– Qu’est-ce qu’il en disait, lui, de tout ça, votre papa ? Il faisait des différences entre…
– Eh bien non, pas beaucoup, il fallait se faire…
– Comprendre.
– Oui. Voilà.
– Et la souche de la famille était à Alayrac ?
– Oui.
– Ça fait que son patois à lui c'était celui d’Espalion ?
– D’Espalion, oui, oui.
– Et vous, comment l’avez-vous appris ?
– Eh bien comme ça ! Quand j’étais jeune je ne le parlais pas beaucoup parce que, pour aller à l’école, ce n’était pas recommandé...
– Et vos parents vous ont parlé français, un peu ?
– Un peu, oui, oui…
– Pour vous préparer à l’école.
– Voilà, oui, oui…
– Et comment ça s'est passé à l’école ?
– Oh, pas trop mal. Quand on est jeune on apprend facilement.
– Vous étiez près d’Espalion, Alayrac est à côté d’Espalion… Est-ce qu’il y avait des petits qui arrivaient sans connaitre le français ?
– Oh, je ne sais pas, je ne m’en souviens pas, parce qu’on était un peu nombreux, alors…
– Et est-ce que vous avez entendu parler du temps où les enfants étaient punis à l’école pour parler patois ?
– Oui. Ça se disait mais peut-être que c’était quelques années avant, quand même...
– Votre père et votre mère vous ont parlé de ça ?
– Non.
– Et est-ce que vous pensez que cette langue pourrait mourir ?
– Ah, je ne sais pas... Si ça continue comme ça, oui. Bon, peut-être avec les écoles maintenant, on la parle un peu...
– Et l’affaire Boudou* ? Vous qui êtes né là-bas…
– Oui, ça faisait peur, tout le monde en parlait. Nous qui étions gosses, nous en avions peur.
– Ils ne savaient pas qui faisait ça... Et vos parents qu’est-ce qu’ils en disaient ?
– Ils n’en parlaient pas beaucoup parce qu’ils avaient peur qu'on ait peur. Nous ne savions pas grand-chose.
– Je ne sais pas quand il a été arrêté mais, vous, vous en souvenez ?
– Oui un peu, mais ça fait un peu loin maintenant.
– C’était un soulagement.
– Oui, parce que tout le pays avait peur.
– Et la foire aux chevaux de Gabriac, vous pouvez nous en parler un peu ?
– Un peu mais je ne l'ai connue que depuis que je suis à Alayrac, ça fait quarante ans, quoi.
– Quand même...
– Oui, quand même...
– Et alors, ça vous a marqué, cette foire ?
– Oui, parce qu'il s'en parlait. Moi, je ne l'ai connue qu'un jour, parce qu'autrefois elle durait deux jours.
– Il y avait beaucoup de chevaux, du monde...
– Du monde, oui ! Le foirail était dans le pré, là.
– Au carrefour, ici ?
– Oui.
– Et les traditions religieuses, tout ça, vous y avez participé, un peu ?
– Un peu, oui.
– Au pèlerinage, tout ça ?
– Oui...
– Et cette petite chapelle qu'il y a ici à Ceyrac ?
– À Ceyrac, non, pas souvent... La commune est un peu divisée.
– Et vous, vous alliez plutôt à...
– À Gabriac.
– Vu que j'étais facteur à Gabriac, je restais plus à Gabriac.
– Et dans votre métier de facteur, vous avez parlé la langue, un peu, avec les gens ?
– Un peu, oui...
– Comment les gens le voyaient ? Un facteur qui savait parler...
– Eh bien ça fait plus quelqu'un du pays.
– Ça facilite.
– Voilà !
– Et est-ce que vous avez entendu parler de ces petites pierres qui se ramassaient sur le calvaire ?
– Non jamais, parce que je n'ai pas lu le livre de Sahuguet alors...
– On disait qu'on les ramassait, ils les appelaient les « pierres du tonnerre ».
– Je ne sais pas...
– Bon. Et un goût, un souvenir de quelque chose de bon, que vous avez mangé ?
– Le lapin de ma grand-mère !
– Comment il était ?
– Ah, je ne sais pas comment elle le faisait, mais c'était... Là, je me régalais !
– Où elle était, votre grand-mère ?
– Eh bien à Alayrac.
– La mémé de là-bas.
– Oui, oui, oui...
– Et le vent de la liberté, quand l'avez-vous ressenti ?
– Quand je suis parti travailler à Paris, surtout, parce que bon...
– Et gagner sa vie !
– Et gagner ma vie ! Oui, parce que mes parents ne pouvaient pas beaucoup nous aider, alors, il fallait...
– Et une fierté ?
– Je suis quelqu'un de simple, alors, une fierté...
– Peut-être, quand vous faisiez votre métier, il vous est arrivé de rendre service...
– Oui voilà, surtout. Oui, parce qu'il y a une quarantaine d'années, les gens ne savaient pas... Pour travailler, pour envoyer des sous, tout ça...
– Faire des commissions ?
– Faire des commissions, oui, oui. C'était un plaisir de rendre service.
– À l'époque, le facteur avait le droit de faire ça !
– Voilà... Aujourd'hui, ils n'ont pas le droit. »
* Tueur en série de la région de Bessuéjouls (voir livre País 02).
(Traduction d'Alain Clarac, de Figeac (46), le 01/05/2025, dans le cadre de l'attelier de traduction du Centre culturel occitan du Rouergue)