449 - Roquefort : Le transport des paniers à fromages.

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Introduction

449 - Roquefort : Le transport des paniers à fromages.

Charroi (carreg) avec équidés de paniers (panièrs) pour emballer les pains de roquefort

« L’industrie de fabrication des paniers pour l’emballage du Roquefort remonte à 1800. Tout d’abord, trois familles suffirent à alimenter Roquefort. En 1854, tout le monde se mit à faire des paniers. (…) Une personne habile, en travaillant tout le jour, peut, lorsque le matériel est prêt, confectionner une douzaine de paniers qui se vend 30 francs en 1931. Déduction faite de l’achat des roseaux et des osiers, il reste environ de 20 à 25 francs de bénéfice. » (Extrait de Saint-Jean d’Alcapiès à travers les âges…, 1991)
« A Saint-Jean, on se mit à faire des paniers pour expédier le Roquefort mais le plus gros handicap c’était pour trouver les matériaux pour faire ces paniers. On allait chercher des longues ronces dans les haies, dans les bois, les clématites qui grimpent dans les arbres et qui fournissaient une quantité de tresses pour faire les paniers. Pour les jeunes pousses qui sortaient sur les souches, on en avait coupé le bois de l’année précédente. Mais il fallait plus de temps pour chercher ces matériaux que pour faire les paniers.
Alors, un jeune homme que s’appelait Bousquet Fulcran fut appelé à la caserne de Perpignan pour faire son service militaire. Ils allèrent faire des manœuvres sur le bord des étangs d’Elne. Il vit de grands roseaux. Avec son couteau, il coupa quelques tiges, enleva les feuilles et les refendit en 4 ou 6 suivant la grosseur du roseau. Mais ces lamelles étaient raides et dures. Il en fit un bon paquet, mit un poids dans le bout, amarra le fond du paquet sur le bord du rivage et et jeta le paquet dans l’eau. Trois jours après, ils revinrent en manœuvres. Il alla voir ces roseaux et quelle ne fut pas sa surprise en prenant ces lamelles dans la main : avec son pouce, elles se pliaient à volonté. Il se dit : “Voilà les matériaux qu’il faut pour faire les paniers pour Roquefort.”
Démobilisé, il vint dans sa maison, au bout du village, vers Massergues. L’idée ne le quittait plus, qu’avec ces roseaux, il pouvait faire des paniers.
Sûr de lui, il revint à Elne. Il embaucha deux ouvriers et se mirent à couper du roseau. Cela ne lui coûta pas bien cher ; les roseaux, on les lui donnait ; il n’était que pour les frais de les couper et du transport jusqu’à Saint-Jean. Ils firent des paquets de 60 tiges, liés à trois endroits avec un fil de fer et, avec 700 paquets, il fit charger un wagon de chemin de fer à la gare, l’expédia à la gare de Saint-Jean Saint-Paul. Le wagon arrivé, avec sept attelages de bœufs ou chevaux et leur charrette, on alla décharger le wagon. Il fit mettre 100 paquets sur chaque charrette et fit décharger ces chargements dans son champ. Le lendemain, il présenta les roseaux au fabricant de paniers, lui expliqua le procédé à suivre pour l’emploi et tout le monde en fut enchanté. Une femme appelée La Caubelle à son tour présenta un panier fait avec des roseaux aux industriels qui l’adoptèrent. Hippolyte Vernhet avait un cheval et, pendant toute sa vie, fit le transport des paniers à Roquefort. Il faisait deux, trois, même quatre voyages de paniers par semaine. J’oubliais de dire : dans un premier temps, on travaillait les roseaux avec le couteau et parfois le roseau taillait les mains. Alors mon grand-père, Justin Mazel, retraité de Roquefort où il avait travaillé comme mécanicien, à Saint-Jean, dans son petit atelier, inventa deux petits instruments : un qui servait pour enlever les feuilles des roseaux et un autre qui servait à refendre le roseau en 4 ou 6 suivant la grosseur. (…)
Quand Bousquet Fulcran eut vendu son premier wagon de roseaux, il en fit venir d’autres : on avait vu employer jusqu’à 20 wagons de roseaux l’an. Mais, avant la découverte de roseaux, le vicomte Victor de Corneillan avait acheté le moulin de Taillefer. C’était la grande vie de l’époque d’avant 1900. Il était propriétaire des plus grandes tanneries de Millau, avait une meute de chiens courants et quatre ou cinq chevaux. Avec des amis qu’il invitait toutes les semaines au moulin, il faisait une battue, traquait le lièvre pendant la journée entière. C’était la chasse à courre. Voyant la pénurie de matériaux pour fabriquer ces paniers, il fit planter tous ses prés en osiers bien alignés et distancés comme la vigne. Il faisait labourer et herser entre ces plants. Au mois de décembre, chaque année, il faisait couper les tiges, mettait en paquets sur place, les pesait, et les clients venaient charger ces matériaux. Vu le prix des paniers, ces osiers revenaient trop cher. Quand les roseaux vinrent, ils n’ont plus vendu d’osiers. On n’en employait que pour faire quelques bordures.
Après la guerre de 14, les vieux commencèrent à percevoir une petite pension. Le besoin d’argent se fit moins sentir et la fabrication des paniers diminua. Alors, à Roquefort, on inventa la caissette pour expédier le fromage. Cette sorte d’emballage, au début, ne plut pas aux commerçants. Quand ils enlevaient le couvercle fixé avec des pointes, le fromage dégageait une odeur écœurante, ce qui ne se produisait pas avec le panier. Mais on n’arrête pas le progrès. On expédia caissettes et paniers pendant un certain temps. Avant la guerre de 40, la fabrication des paniers diminua encore plus et pendant la guerre fut abolie complètement.
Chose curieuse : pendant la grande vague où les commandes de paniers affluaient de toutes parts, la fabrication ne dépassa jamais les frontières de la commune de Saint-Jean. Gaston Costes, mai 1991. » (Document Michel Costes)

Carreg de panièrs per Ròcafòrt

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 449 - Roquefort : Le transport des paniers à fromages.
© SOBIE Jean-Louis

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