« Epître farcie » en latin et en occitan du martyre de saint Etienne, secteur de Rodez (Ségala ?), début XIVe siècle

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Introduction

« Epître farcie » en latin et en occitan du martyre de saint Etienne, secteur de Rodez (Ségala ?), secteur de Rodez (Ségala ?), début XIVe siècle

Archives départementales de l’Aveyron, 136 J.

Transcription de Jean Delmas :

[Fol. 1 r°] [Audien]-tes autem hec dissequabantur cordibus suis et stridebant dentibus in eum :
VII - Cant an ausida la raso
e - conogro que vencuh so,
d’ira lor efflo lhi polmo
las dens cruisho cum de leo.

Cum autem esset Stephanus plenus Spiritu Sancto intendens in celum, vidit gloriam Dei et Jhesum stantem a dextris Dei et ait :
VIII - Can lo sahn vi lor voluntat,
non quer socors d’ome armatz
lai sus el cel a esgardat.
Aujatz, senhors, com ha parlat.

Ecce video celos apertos et Filium Hominis stantem [fol. 1 v°] a dextris virtutis Dei.
IX - Sai escoltatz no sia greu
laisuhs lo cel ubert veh ieu
e conocs lay lo filh de Dieu
que crucifiero ’lh Jusieu.

Exclamantes autem voce magna continuerunt aures suas et impetum fecerunt unanimiter in eum.
X - Per aquest dih son corrossah
lhi fals Jusieu et an cridat :
prengam lo qu’asatz ha parlat
e gitem lo fors la ciutat.

Et eicientes eum extra civitatem lapidabant.
[Fol. 2 r°] XI - No si pot plus l’orguelh celar
lo sanh prendo per lhui penar,
fors la ciutat lo van gitar,
e comenso’l a lapidar.

Et testes deposuerunt vestimenta sua secus pedes adolescentis qui vocabatur Saulus.
XII - Vech vos qu’als pes d’un bachalier
pauso los draps per miels l’aucier.
Saul l’apelero lhi prumier,
Sanh Paul celh qui vengro derrier.

Et lapidabant Stephanum invocantem et dicentem :
XIII - Lo sanh vi las peiras venir,
dolsas lhi so, non quer fugir
per son Senhor sofri martir
e-comenset aysi a dir :

[Fol. 2 v°] Domine Jhesu, accipe spiritum meum.
XIV - Senher Dieus que fesis lo mon
e nos traisihitz d’iffern prion
e nos [donetz] lo ten sanh nom,
recep mon esperit amon.

Positis autem genibus, clamavit voce magna, dicens :
XV - Apres son dig s’aginolhet,
don a nos issimple mostret,
quar per sos enemix preguet,
tot so qu’el quis tot acabet.

Domine Jhesu ne statuas illis hoc peccatum.
XVI - Senher Dieus plen de gran donsor
So dit lo ser a son Senhor
cest mal que’m fan per[dona lor !]… »


Vocabulaire :
Latin : Entendant ces paroles, ils frémirent de rage et grinçaient des dents contre lui (Actes, VII, 54) :
conogro : connurent.
ira : colère.
efflo : enflent.
cruisho : grincent (en parlant des dents).
Latin : Cependant, alors qu’Etienne, empli de l’Esprit Saint, regardait vers le ciel, il vit la gloire de Dieu et Jésus se tenant à la droite de Dieu et il dit (VII, 55) :
quer : cherche.
aujatz (m. A.) : écoutez.
Latin : Voici que je vois les cieux ouverts et le fils de l’Homme se tenant à la droite de la puissance de Dieu (VII, 55).
veh : je vois.
Latin : Mais eux criant avec force se bouchèrent les oreilles et tous ensemble se ruèrent sur lui (VII, 56).
Latin : Et le jetant hors la ville, ils le lapidaient (VII, 57).
celar : cacher.
penar : infliger un tourment.
Latin : Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme, que l’on appelait Saul (VII, 57).
vech : voyez.
bachalier : jeune homme.
l’aucier : le tuer. Raynouard et ceux qui l’ont suivi préfèrent la lecture lancier, lancer.
Latin : Et ils lapidaient Etienne qui invoquait Dieu et disait (VII, 58) :
Latin : Seigneur Jésus, recevez mon esprit (VII, 58).
traisihitz : (nous) avez sortis.
ten pour teu.
Latin : Etant tombé à genoux, il s’écria d’une voix forte (VII, 59) :
issimple (m. A.) : exemple.
Latin : Seigneur Jésus, ne leur imputez pas ce péché (VII, 59).
donsor pour dousor.
ser (m. A.) : serviteur. Alibert ne connaît que la forme serv, au sens de serf (forme savante empruntée aux historiens).

Analyse de Jean Delmas :

« On connaissait six exemplaires ou versions de ce trope en l’honneur de saint Etienne qui fait alterner des citations des Actes des Apôtres (chap. VII) et des paraphrases de quatre vers en langue d’oc, avec notation musicale. C’est ce mélange qui a fait donner au genre le nom d’épître farcie.
La version d’Agen a été signalée ou publiée par Raynouard et Bartsch ; celle d’Aix (1318) par Raynouard (1817), Bartsch et Gaudin (1871) ; celle de Carcassonne (XVIe siècle) est aujourd’hui perdue ; celle de Fréjus est du XIVe siècle ; celle de Perpignan (XIVe siècle) a été signalée ou publiée par Delhoste (1866) et P. Meyer (1867) et celle de Saint-Guilhem le Désert (XIIIe siècle) par Gaudin (1871). Cl. Brunel a dressé la liste de toutes ces versions et de leurs éditions en 1935. Quatre de ces six versions proviendraient d’un chapitre cathédral, une d’une abbaye ; la provenance de la sixième, perdue, ne peut être identifiée. Le fragment, que nous éditons ici pour la première fois et qui constitue la septième version de l’épître de saint Etienne, a été trouvé dans des papiers de Delbosc, avocat au parlement de Rodez, acquis récemment par les Archives départementales de l’Aveyron. Il servait de couverture à un acte de 1743, concernant les Carbouniés, dans la paroisse de Salan. Il pourrait provenir de la cathédrale de Rodez et il doit être contemporain des textes d’Aix, Fréjus et Perpignan, c’est-à-dire du XIVe siècle et, en raison des archaïsmes, plutôt du début du XIVe siècle.
C’est une copie. Le scribe a, au moins à deux reprises, écrit n pour u : ten (strophe XIV) et donsor (strophe XVI). Il faut lire teu et dousor. Je propose de lire laucier (strophe XII) et non lancier (pour lançar), comme l’ont fait Raynouard et ceux qui l’ont suivi, et de le décomposer en l’aucier (pour l’aucir). La traduction serait non : « Posent leurs habits, pour mieux lancer » (Raynouard), mais « …pour mieux le tuer. » On n’aura cependant pas résolu la difficulté que représente, pour ces deux verbes, la finale en -ier, indiscutable, en raison de la rime. […] Peut-être faut-il chercher un modèle dans la littérature d’oil et voir en lancier ou l’aucier une forme septentrionale que le poète occitan n’a pas su adapter. »

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« Epître farcie » en latin et en occitan du martyre de saint Etienne, secteur de Rodez (Ségala ?), début XIVe siècle
© Archives départementales de l'Aveyron

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