Los Rascalons : Lo Torril (teatre)
Introduction
Lo Torril d’Enric Molin, pèça jogada pels Rascalons de Vilacomtal, enregistrada a l’Espaci multicultural del Nairac, lo 27 de genièr de 2018.
Lo Torril, nous dit l’abbé Vaysssier dans son dictionnaire, c’est un bouillon à l’oignon, préparé à la hâte. Encore plus vite depuis l’invention du fameux petit cube déshydraté… C’est aussi le titre de cette comédie du Teatre païsan d’Henri Mouly, joué ici par « Lous Rascalous » de Villecomtal.
Dans Lo Torril, la mère, Catarina (Paulette Bouat) et sa voisine Matilda (Éliette Sagnes) expriment leurs rancœurs contre leurs brus, trop ceci et pas assez cela... Le mari, Francisca (Maurice Lacombe) et le fils, Pòl (Jean Rouquette), essaient de les raisonner mais, lorsqu’ils ont le dos tourné, Catarina et Joaneta, sa belle-fille (Valérie Quintard) en viennent aux mains…
Le Teatre païsan d’Henri Mouly traite – souvent sur le ton de la farce ou de la comédie – des enjeux de la condition des agricultrices et des agriculteurs du XXe siècle en Aveyron. Dans Lo Torril, c’est la question de la cohabitation de générations différentes sous le même toit. Dans d’autres pièces, ce sont les questions de la continuité de la propriété, de la déprise agricole…
« À peine le théâtre rouergat rencontre-t-il la comédie de mœurs qu’il l’engage dans le drame rural. Il est trop communautaire pour être psychologique, trop paysan pour être tragique et trop humain pour ne pas être la synthèse originale de tout cela. Sa nouveauté tient aussi dans sa langue, riche, précise, populaire et dans le rejet de la littéralité qui encombre systématiquement d’une versification pesante toutes tentatives comparables dans les autres pays d’oc. Elle tient enfin dans le dévoilement des jeux : on joue cartes sur table, les yeux dans les yeux, à cœur ouvert. Pas d’artifices mais la force vitale de sujets enracinés dans les angoisses d’une terre, d’une époque et la résurgence de valeurs refoulées, plus anthropologiques que bucoliques ou passéistes ». (Claude Alranq, Théâtre d’Oc contemporain, Les arts de jouer du midi de la France)
Per ne saupre mai...
Henri Mouly (1896-1981), né à Compolibat dans une famille de paysans courageux (lire E la barta floriguèt), combattant de la guerre de 1914-1918, instituteur, fut un auteur prolifique : plus de 25 livres publiés en cinquante ans, recueils de poésies, de chansons, de souvenirs d’enfance, romans, pièces de théâtre, ouvrages pédagogiques, monographies, articles de presse… C’était aussi un homme d’action. Fondateur de la société littéraire du Grelh roergàs, créateur et rédacteur de revues, d’une école félibréenne, d’une compagnie théâtrale, il savait mobiliser les talents et encourager les initiatives. Par sa stature morale, son énergie, sa générosité et surtout par la haute ambition qu’il avait pour la langue et la culture d’oc, il fut, avec son « disciple », Jean Boudou, l’inspirateur du reviscòl occitan del Roergue del sègle XX et l’un de ses acteurs majeurs.
Henri Mouly et le théâtre
Pour Mouly, le théâtre était l’outil idéal d’émancipation de la société rouergate.
« Es lo teatre, al segur, la melhora arma qu’ajem per aparar nòstra lenga e la mantene. Comptatz quant de temps cal a un libre per èstre legit de mila personas ; e soscatz que lo teatre permet de far admirar de mila personas aquel mème libre en doas oras .» (Henri Mouly, En tutant lo Grelh)
Car le théâtre est aussi « l’art de l’oralitat de la vida, l’art de la lenga en situacion de comunicacion ». (Joan-Loïs Blenet, Teatre interrégional occitan – La Rampe) Et qu’il est accessible même à ceux à qui l’on n’a pas appris à lire dans leur langue...
En 1926, Mouly avait traduit en occitan et fait jouer par sa troupe L’Estela de Besson, une pièce en deux actes de Marcel Fabre, La Solenca, avec l’illustre Édouard Galy comme comédien.
En 1937 et 1938 il écrivit un drame historique à grand spectacle, en deux actes, Joan de Morlhon, qu’il fit donner pour une série de représentations mémorables à Villefranche-de-Rouergue et Rodez. Une quarantaine de comédiennes et comédiens, douze danseuses et danseurs, une dizaine de figurants avaient été mobilisés. 280 m² de décors originaux avaient été peints par son fils Charles Mouly et par le jeune Jean Deschamps, parfait occitanophone, qui allait connaître la carrière de comédien et de chef de troupe que l’on sait. La pièce fut retransmise sur les antennes de la radio toulousaine. Mais nous étions en 1939 et cette dynamique allait se heurter à la période de l’Occupation.
En 1942, il fit paraître son Teatre escolari, une douzaine de petites comédies pour les fêtes scolaires des jeunes de 10 à 14 ans.
Mais son œuvre théâtrale majeure est le Teatre païsan (une trentaine de comédies en un acte qu’il réunira en trois volumes parus en 1968, 1971 et 1972). Depuis L’Ama del casal, créée à Villefranche en 1934 avec ses amis de Compolibat, jusqu’à L’Escudèla volaira, jouée par Los Faisselièrs d’Agen d’Aveyron, son succès sera immense, en partie porté dans les années 1950 et 1960 par le mouvement de la J.A.C. et ses fameuses « coupes de la joie ».
Dans les années 1980 à 2010 le Teatre paisan était encore joué plus de cinquante fois par an par les troupes des Faisselièrs, des Rascalous, de la Pastourelle de Rodez… et par les nombreuses troupes de circonstance comme celle des Pelatièrs de Condom d’Aubrac ou du comité des fêtes d’Almont-les-Junies qui en donnaient quelques représentations pour leurs fêtes votives. En 2025, la Pastourelle de Rodez perpétue la tradition, avec le même succès. (Jean-Pierre Gaffier)
Vidéo
Paulette BOUAT
née PUECH en 1942 à Golinhac. De Villecomtal.
Eliette SAGNES
née POUJOL en 1950 à Lestrade-et-Thouels. De Campuac.
Maurice LACOMBE
né en 1939 à Camboulazet. De Villecomtal.