Permets-moi, belle meunière…

Collecté en 1991 Sur les Communes de Aurelle-Verlac, St-Geniez-d'Olt Voir sur la carte
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Introduction

Les dialogues chantés entre une personne de rang élevé et une jeune femme de modeste extraction sont appelés pastorèlas. "Gentille pastourelle" est la plus répandue dans la région.

Toutes révèlent la situation diglossique de l'occitan par rapport au français, mêlée à un conflit de classes. Le seigneur s'adresse à la jeune femme en français. Il veut l'emmener, lui inculquer les bonnes manières et lui faire connaître le beau monde. La jeune femme lui répond en occitan et préfère rester dans sa campagne.

Il s'agit d'un genre populaire très ancien que l'on retrouve dans la lyrique des troubadours.

Dans cette chanson on retrouve le thème des pastourelles. Il s'agit ici de la rencontre entre un chasseur (caçaire) et une meunière (molinièira).

Ethnotexte

Albertine LAPORTE

née Lacroix en 1894 à Vieurals.

Transcription

Occitan
Français
« Permets-moi, belle meunière,
Qu’en traversant la rivière,
Je rentre dans ton moulin,
Car j’ai perdu mon chemin.
Toute la journée entière,
J’ai côtoyé la rivière,
Mes chasseurs sont égarés,
Je ne puis les retrouver.

– Qué volètz qu’aquò me fasquia,
Que vos venguètz de la caça,
Vos voldriatz vos amusar,
Daissatz-me mòlre mon blat.
Seguètz lo long del rivatge,
Pus bas trobaretz un passatge,
Mossur avètz l’èr tròp fin,
Per dintrar dins mon molin.

– Tu te trompes, ma mignonne,
Ne crains rien de ma personne,
Car sous l’habit d’un chasseur,
Je suis un puissant seigneur.
Suis-moi, tu seras ma reine,
Mon soutien, ma souveraine,
Avec tous tes beaux atours,
Tu paraîtras dans la Cour.

– Mossur, sètz un bon parlaire,
Ambe ieu ganharetz gaire,
Soi nascuda dins aquel molin,
E ne sortirai pas d’aicí.
Ieu aime mai mon Guilhaume,
Que vòstre aur e vòstre reiaume,
Guilhaume es un bon garçon,
E ieu l’aime mai que vos.

– Ah ce lourdaud du village,
Dont tu vantes le courage,
Aurait-il charmé ton cœur ?
Oh reviens de ton erreur !
Je t’offre un sort plus aimable,
Bon vin, bon lit, bonne table,
Des bijoux, des montres en or,
Et puis autre chose encore.

– Mossur, cessatz aquel lengatge,
Contunhatz vòstre voiatge,
Se lo garda-molin ven a venir,
Poiriá bien vos far sortir.
Poiriá ben e sens mistèri,
E ambe son èr sevère,
Vos fotre lo pè al cuol,
Per vos far saltar lo riu. »

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